Leonardo Drew, Number 139


Jessica May, conservatrice, partage son regard sur cette sculpture

Transcription:

Cette œuvre se situe sur une mince frontière : elle a un côté chaotique et désordonné, mais en même temps, toutes les variables liées à ces morceaux de bois noircis sont parfaitement contrôlées. Le bois a l’air vieux, mais ce sont en réalité des morceaux de bois fraîchement coupés, peints de façon à paraître vieux. Certains ont même été brûlés, je crois. Il y a donc une limite très mince dans cette œuvre, car on peut y voir une sorte de catastrophe, mais elle est en même temps très très précisément calibrée.


Quand Leonardo Drew évoque son enfance, il parle de la vue qu’il avait depuis son appartement sur la décharge municipale de Bridgeport, dans le Connecticut. Lorsqu’un conservateur accroche cette œuvre, la règle la plus importante à respecter c’est qu’elle doit toucher le sol. Elle doit vraiment émerger du sol. À mon avis, ce n’est pas une coïncidence. Je pense vraiment que Leonardo Drew a une perception de la ruine qui est inhérente à son vécu. C’est complètement dû au fait qu’il a grandi dans un endroit qui ne donnait pas sur un lieu qu’on pourrait qualifier de beau. Il a produit quelque chose de beau à partir de ce qu’il voyait.